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Nouveau projet en développement avec SRC

Esperamos films dĂ©veloppe un nouveau projet multiplateforme avec les rĂ©alisateurs Anais Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier. IntitulĂ© “Choisir la terre”, le film a reçu l’appui de la SRC et du FMC pour la phase de dĂ©veloppement. Ă€ suivre…

Les forces sous marines

Toute la semaine dernière, entre les sessions et ateliers de la ruche babĂ©lienne du Forum Social Mondial de Dakar, j’ai plusieurs fois googlĂ© l’acronyme FSM pour lire ce qui s’écrivait sur nous en direct, dans les pages des grands quotidiens du monde. En tĂŞte de liste, Google s’obstinait Ă  me suggĂ©rer le mĂŞme article de WikipĂ©dia : « FSM : Forces sous-marines, l’une des quatre grandes composantes de la marine militaire… » J’ai commencĂ© par ne pas noter la beautĂ© de la chose. Mais ils avaient raisons ces gestionnaires du hasard technotronique. Le peuple du FSM est effectivement une famille de l’en dessous. Une nĂ©buleuse qui couve le feu.

Une famille

Dans cette smala parfois improbable, il y a en fait deux sortes d’artificiers. Il y a bien sûr les mangés tout cru, largement majoritaires ; les paysans du sud, les femmes africaines, les refoulés de père en fils, les va-nu-pieds de Palestine, du Tibet ou des nations aborigènes d’Amérique, les torchés vivants du capitalisme chinois, les pollués des tous les bords de la machine industrielle, les usés jusqu’à la corde des zones franches, etc. On comprend qu’ils soient là, eux. Ils ont tout intérêt à s’unir pour contrer la blitzkrieg de l’Homme blanc et son projet de terre brulée.

Et puis il y a les gens plus joufflus, minoritaires ici ; ceux qui viennent des régions crème chantilly du globe. Ceux qui ont pigé les meilleurs jetons de la loterie géographique. Dans leurs royaumes nordiques, ils se sont retrouvés parmi les 5% d’habitants les plus riches de la terre, sans même lever le petit doigt.

Alors, que font-ils ici ceux-là ? On peut raisonner et dire : « c’est normal, franchement, de partager un peu sa chance ! » Oui, mais il y a autre chose, puisque peu de gens de New York, de Zurich, Londres ou Paris prennent la peine de venir ici, finalement. Qu’est-ce qui mène les joufflus ici ? Un penchant irrationnel (romantique ?) pour le perdant de la loterie, peut-être. Ou alors c’est un feu. Inextinguible, vieux comme le temps. Un instinct de combat, perpétuel. Les joufflus qui sont ici sont peut-être convaincus que l’époque doit (et peut !) être basculée.

2 mamies

Je me pose ces questions en admirant deux belles mamies brésiliennes, dans la jeune soixantaine, clairement issues des classes bourgeoises, qui animent un atelier à propos du prochain sommet de Durban en 2011. C’est l’après-midi africain, il fait chaud dans les locaux de l’université. Malgré la lourdeur des nécessaires traductions en trois langues, malgré le chaos général de cette assemblée qui a tout du bordel, les deux mamies parviennent à faire respecter les temps de paroles de chacun, à nous ordonner l’indignation, à stopper la logorrhée des Français, à calmer le chaud du sang des Italiens, à minimiser les syndicalistes Américains ou à modérer le communisme des étudiants mexicains qui ont découvert Trotski la semaine passée…

Elles président l’assemblée familiale comme des reines. Les deux mamies ont l’habitude de ce boucan. Elles ont plus d’une assemblée dans le corps. Avec une fermeté presque sensuelle, elles parviennent à discipliner l’indisciplinable. Elles sont terriblement belles. Je dirais même qu’elles sont sexy. Elles font un travail remarquable, à bout de voix, pour que nous accouchions de résolutions conséquentes avant la nuit. On dirait qu’elles en font un enjeu de vie ou de mort. Mais elles nous appelle chéri, darling, corazon.

Je repense à mon ami Stéphane Imbeault, prof de philo au cégep de Rimouski. Lui, il saurait me dire. Que font-elles ici, ces mamies joufflues Stéphane ? Elles doivent pourtant être bien à la maison, sur les hauteurs de Rio ou de Sao Paulo, emmitoufflées dans leurs exceptionnelles exceptions. Or, leur cœur penche pour l’avalé des avalés. Pourquoi ?

Je suis certain que tout le monde se fixe des objectifs en les regardant. Comme moi, tout le monde doit se demander si ils en font assez, si ils le font avec assez de dĂ©termination ou alors avec assez d’amour… Pour ma part, autant les rĂ©cits hĂ©roĂŻques des paysannes qui portent le Mali Ă  bout de bras m’inspirent le combat jusqu’à la fin des temps… autant ces deux mamies brĂ©siliennes nĂ©es dans le mĂŞme confort que moi me forcent Ă  me mettre en marche. Elles sont la poursuite des Lumières. Elles sont en quelque sorte l’incarnation des poèmes de Neruda, de Withman ou de Darwich. Elles incarnent la cohĂ©rence humaniste. La droiture nĂ©cessaire, essentielle Ă  cette Ă©poque. Je suis un fan fini de ces mamies. Je les suivrais n’importe oĂą.

Il faut bien le dire, en ce moment, dans les Forces, tout le monde rêve d’être brésilien. On dirait qu’ils ont pris de l’avance sur l’humanité. Comme les Boliviens d’ailleurs. Au FSM de Dakar, on parle beaucoup brésiliens et espagnols dans les rues. Comme si ces langues de charme permettaient d’inverser l’histoire. L’Amérique latine de Morales, de Lula et des deux mamies y est pour beaucoup dans ce mouvement altermondialiste. C’est elle qui a accueilli la plupart des grandes manifestations internationales du mouvement et qui a accouché des premières victoires… Peut-être qu’aux prochains Forums, nous voudront tous parler arabe ?!

10 ans d’amour planétaire

Voilà donc plus de 10 ans que notre famille bipolaire se fréquente. 10 ans que notre union stratégique d’artificiers nord-sud fait sauter des murs et bâtit des ponts. Sur le campus de l’université Cheikh Anta Diop, je marche dans cette foule de gens venus de 130 pays et je me demande qui peut revendiquer une aussi belle famille que la nôtre, plus complète ? Désormais composée de chefs d’États d’Amérique du sud, de paysans burkinabés, de soixante-huitards qui n’ont jamais renoncé, de jeunes suédoises écolos en jeans bio, de parias indiens et de moins que rien africains, de militants broches à foins des quatre coins, de rastaquouères de la côte ouest américaine, de réfugiés politiques, d’intellectuels à la hauteur, d’universitaires courageux et de poètes ?

C’est certain ; si Victor Hugo, Simone de Beauvoir, Gandhi, Léo Ferré, Malcom X, Rosa Park ou Hannah Arendt vivaient encore, ils seraient avec nous, ici, en train de fomenter, au sein des forces sous marines.

Le Forum social mondial est le Noël des altermondialistes, l’occasion de se rasséréner le ponpon-révolution. De célébrer. On y boit ensemble. On porte des toasts à des choses impossibles, comme le renversement des dictatures immuables, par exemple. Et puis soudain, comme par magie, à l’autre bout du monde, les révolutions se font simultanément. Au dernier jour du FSM de Dakar, une foule réunie pour entendre les conclusions des tables de convergeances du forum, a appris en direct le départ d’Hosni Moubarak du palais présidentiel égyptien. À côté de moi, deux vieux paysans du Maghreb sont tombés à genoux. Je les ai vu pleurer, la tête plongée dans leurs mains caleuses de travailleurs.Pleurer et finalement s’embrasser. Enfin.

Sur le moment, il nous a semblé qu’un parfum de jasmin traversait le monde entier. Il nous a semblé que toutes les révolutions à faire étaient possibles. J’ai entendu l’élue des verts au parlement européen, la franco-norvégienne Eva Joly s’écrier : « 50 ans de néolibéralisme économique, c’est très peu. La parenthèse achève ! »

Tunis-Dakar-La Paz

Parmi nous se trouvaient des centaines de jeunes tunisiens et égyptiens pour rappeler que les forces sous marines de chez eux, réunies et alimentées depuis 2004 par les forums régionaux, ont joué un rôle central dans la mise au monde de leurs révolutions. Incidemment, Evo Morales s’est aussi présenté ici comme un « élève des forums sociaux ». Lula Ignacio Da Silva dira la même chose.

Les forces sous marines avancent. Il faut célébrer quand les choses avancent. Il faut être capable de le voir. C’est important pour le moral des peuples, le moral des majorités. Les Brésiliens ont compris cela. Ils savent se réjouir. Les forums sociaux servent aussi à se fait goûter l’arak, les mojitos et les shooters au gingembre équitable. On se rassure, on se pince, on se touche. On existe vraiment. Et on est sacrément nombreux et puissants. Le feu est bien vivant. Il vient de loin et s’inscrit dans une histoire, une cohérence.

Cette année est celle où les forces prennent conscience de la profondeur de leur vague. Nous sommes des millions à partager cette conviction très simple ; la richesse matérielle n’est rien, les liens qui nous unissent les uns aux autres sont tout. Comme Thomas Sankara, nous aspirons à quitter ce monde en ne léguant qu’une bicyclette.

Les grandes questions qui nous unissent

L’État ne fait pas son boulot d’État. Le privé avance et son emprise n’est pas une bonne idée. Globalement, les paysans s’appauvrissent. La Terre aussi. Et nous ne voulons pas cela. L’argent des peuples est dévié par des voleurs en complets vestons dans les paradis fiscaux du grand banditisme. Nous ne voulons pas cela. On pratique une politique de chasse à l’homme honteuse sur les frontières de l’Empire. Les changements climatiques feront sortir les océans de leur lit si on ne change pas nos manières d’occuper la terre. Les grandes compagnies d’extractions se comportent comme des sauvages en Afrique et en Amérique du sud. Nous ne voulons pas cela. La dette des pays pauvres continue de tenir des peuples entiers dans la misère. La politique d’Israël en Palestine est aussi inacceptable que l’apartheid sud africain. Etc.

Au fond, ce qui nous lie est cette intuition qu’au-delà de la crise avéré d’un modèle de société globalisé, nous vivons une crise de la civilisation. Comment faire pour changer le cap? Comment infuser la politique de nos pays nordiques pour qu’il y ait d’autres Brésil, d’autres Bolivie ? Est-ce que nos petits gestes quotidiens suffisent ? Probablement pas. Mais comme l’a écrit Edgar Morin, qui s’y connaît bien en résistance : « il ne faut jamais minimiser la portée du petit geste ».

Ă€ la prochaine fois

Sur le chemin du retour, je croise de nouveau l’Homme blanc en complets gris-MBA. Des Africains en complets gris-MBA les ont reconduits à l’aéroport. De nouveau, ils se sont vendus des porte-avions, des crédits de carbone, des barils de BPC à enfouir, des actions sur la prochaine catastrophe humanitaire. Pendant que nous fêtions, les princes internationaux ont fait des affaires avec les princes locaux. Dans leur langues-marchandises, avec leurs mots-camouflages appris à la même école du cannibalisme et du marketing. Ils se sont une fois de plus échangés ces richesses qui ne leur appartiennent pas.

Ils vont bientôt tenter de nous coloniser les cellules, de nous brader l’ADN, de ranger nos confins inestimables dans des comptes secrets en Suisse si on ne dit rien. Ils vont encore nous prêter à gage, nous engager pour trois générations, nous marcher sur les pieds et sur ceux de nos enfants si on ne dit rien. Ils vont encore profaner l’héritage des anciens et occuper l’espace politique dans nos parlements si on ne dit rien.

Il faut parler. Plus. Occuper l’espace comme des mamies brésiliennes. Je les croise justement sur le tarmac de Dakar, par hasard… Au moment de disparaître dans leur aéronef, elles rigolent encore. Les forces sous marine montent dans ces avions qui les remmènent à Rio, à Montréal, à Londres, à Genève, à Kinshasa, à Delhi. Aujourd’hui déjà, elles ont retrouvé leurs habits quotidiens, à l’ateliers, à l’usine, au parlement, dans leurs studios, leurs rues, leurs agoras.

Et l’histoire du feu se poursuivra. Les révolutions se feront, car les révolutions finissent toutes par se faire. (Et chaque fois, les forces sous marines y seront pour quelque chose). Rendez-vous à Montréal, en 2013 ?

L’homme esperamos

Performance donnée lors de la soirée ESPERAMOS du 10 novembre 2010, au lounge de la Cinémathèque québécoise, dans le cadre des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal.

Texte et voix : Hugo Latulippe Guitares : Alain Auger


Janvier 2007.
Un taxi roule dans la ville côtière de Montevideo, Uruguay.
Après une longue nuit passée à l’écouter multiplier les histoires
dans cette langue fleurie et fourchue qui le caractérise
l’écrivain Eduardo Galeano me confie une trouvaille récente.
– C’est un ami,
un linguiste allemand,
qui a découvert cette petite perle.
Escoucha me.

Dans les grandes langues occidentales,
– la dĂ©couverte est d’ordre scientifique –
On a compté
On les a passées au crible
le « je », le « me » et le « moi » sont les mots les plus couramment employés

On aurait deviné.

Mais, chez les Mayas,
le mot le plus utilisé est le « tik ».
– Tik ?
– Nous ! Nosotros.

Galeano est Ă©mu
Il prend un temps
Regarde dehors.

– Cette dĂ©couverte est fondamentale, compadre.
Ça change tout.
Le monde et le point de vue sur le monde.

*

– Monsieur, quelle est votre raison sociale ?
– Esperamos.
– SP…
– Ramos. Oui. Esperamos. Attendre et EspĂ©rer. Au Nous.
– Au nous …. ?
– Os, Os ! C’est nous autres ça ! C’est le band, la grosse gang, le nombre. Le plus grand nombre. Nous, comme dans toute la gang.

NOUS comme un parti pris politique
POUR une Ă©thique du NOUS.
Poly-Tik du nous
Nous les humains.

– SP ramos c’est qui exactement ?
– Ah ! L’homme esperamos n’est personne en particulier senor, senora.

Et c’est aussi une femme AU MOINS la moitié du temps.

*

L’homme esperamos a quelque chose d’aimanté dans le sang ;
y a toujours quelqu’un
quelque part
qui le prend pour confident.
L’homme esperamos
a la manie de faire parler
celui assis à côté de lui
dans l’avion,
dans le train,
à l’école,
au cinéma.
De le faire jaser,
le faire placotter.
Pour savoir ce qu’il a dans le corps,
comment ce qu’il prend la lumière,
ce qu’il mange en hiver.
Pis avec quel bois qui se chauffe le poĂŞle ?

L’homme esperamos est toujours
après chercher des personnages.
Pour bâtir de quoi.
Pour fonder un espoir
pis débusquer,
dans le détail du quotidien,
une chorégraphie d’humain.
Une architecture
de petits gestes lestes
lourds de sens,
additionnés…
Comme si Ă  force
Qu’ils s’empilent
il allait finir par fonder un pays !

Un pays !
L’homme esperamos
dit que chaque film
est un pays.

*

L’homme esperamos est un paysan ;
il aime vivre des choses dehors avec le monde.
Y a personne icitte qui va l’épuiser à marcher.
Y est tough.
Y est fort,
fort comme les 3 trucks Ă  Godard

L’homme esperamos a un feu de camp du kaliss en-dedans!
He does not care about time.

L’homme esperamos ne fléchira pas
mĂŞme sous le tir nourri.

*

2006.
L’homme esperamos fait face à Eva Ottawa,
la jeune chef des Attikameks du Québec.
Elle dit :
Les oiseaux ne volent plus comme avant.
Le flow de caribous ne descend plus jusqu’à nous.
Même la chaire des animaux ne goûte plus comme dans le temps.
Les vents dominants charrient l’haleine de vos géants…
sur la toundra, la TaĂŻga.
Le lichen goûte Pittsburgh, Chicago, Detroit, Cleveland.

Le lichen goûte Montréal.

Et c’est pareil sur l’Ashouapimuschuan, chez les Innus, Nitassinan.
Et c’est pareil d’un flanc à l’autre des pays Cris, Inuits, Attikameks, Algonquins
et Naskapis.

Batimbe !

*

L’homme esperamos pense qu’il faut rédiger
un petit manuel de subversion
à l’intention des enfants d’Occident
au plus sacrament.
Pour rocker un peu !
Va falloir passer par d’autres versants,
chercher Ă  ouvrir une nouvelle voie.

L’homme esperamos va partir à marcher sur le pays
y va rentrer chez le monde,
à l’usine, à l’école, à l’hôpital
pour mettre le feu !
Pour faire lever le monde en bois deboutte
Pour rallier les insoumis !

*

Et pis en montage parrallèle…
L’homme esperamos pense qu’il vaut mieux commencer à inventer un lieu
pour nous replier,
pour nous recommencer.
Une place pour mettre de côté tout ce qui a de beau,
une place pour sauver des mots plus fragiles,
pour nous mélanger les sangs,
les milles vaisseaux…
Une place pour faire l’amour.
Pour mettre nos âmes au chaud,
nous archiver le génie sur le champs d’en haut.

Une place pour nous loader toutte la gang
sur un disque dur
qu’on va enterrer dans le pergélisol
queque part
au nord…

Au cas.

L’homme esperamos pense qu’il faut
qu’on aille un safe pour nos vies à venir
un spair dans le coffre
pour nos migrations vers d’autres temps.
Pis qu’on puisse dire aux enfants ;
Voilà…
Ce qu’il reste de nous !

Au cas.

Au cas oĂą le monde devienne une cour Ă  scrap,
une shop de viande,
un shop de bacon.
Au cas oĂą un autre ostie de zouf de New York ou de London
décide de se mettre à transiger des barils de poètes.

Au cas oĂą le fleuve commencerait Ă  se refermer sur nous.

Comme le 11 septembre 1973…
Le dernier regard de Salvador Allende,
avant de disparaître
derrière la robe de la Moneda.
Comme le 4 novembre 1981…
René Lévesque trahi,
pendant la nuit.
Et ses yeux,
furieux.

Marcel Simard toujours en vie.
Avec nous,
icitte Ă  soir.

L’homme esperamos vit pluggé sur le 220
de nos gisements intérieurs.
Il se lève à l’aube,
surveille les mouvements du fil.
Il attend.
Il espère.
Le frisson dans la fosse,
une secousse,
un détail,
la magie.

L’homme esperamos attend que la vie se manifeste.

*

12 novembre 2010, Montréal, Québec.

L’homme esperamos est parmi nous ce soir.
Il a mis au monde un nouveau pays
qui part tranquillement se mettre à l’abris
dans le cœur du vaste monde,
comme un grand.
Comme une arche.

L’homme esperamos reste seul sur le quai
à regarder ses personnages chéris
s’éloigner.

Et il repense à cette flambée de petits détails tombés au montage,
qui disparaîtront peut-être dans le temps.

L’homme esperamos rêve déjà que la vie lui offre encore le bonheur,
la chance,
de croiser des gens qui auront plus que leur âge,
des gens de mille ans.
esperamos.

Qui veut la mort du cinéma documentaire québécois ?

MONTRÉAL, LE 8 NOVEMBRE 2010 – Les Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal (RIDM), qui se tiendront du 10 au 21 novembre prochain, est un événement festif qui accueillera la planète documentaire à Montréal, cette ville qui en est l’un des berceaux.

Connue pour son inventivitĂ©, sa pertinence et son bagout, notre tradition a, on le sait, contribuĂ© d’une manière dĂ©mesurĂ©e Ă  la cinĂ©matographie mondiale surtout lorsqu’on tient compte de la petite taille de nos ateliers, de nos institutions et de nos moyens.

Or aujourd’hui, malgré le foisonnement toujours impressionnant à la base (il n’y a qu’à constater la quantité de jeunes cinéastes qui proposent des œuvres aux divers festivals québécois), la profession, elle, ne va pas bien. Les pratiques documentaires de fond qui ont fait notre renommée sont en danger.

Époque de purges

Les politiques culturelles du gouvernement canadien étouffent tranquillement les producteurs et artisans d’ici par des purges et des coupes incessantes. Et depuis l’élection de Stephen Harper, les politiques restrictives sont teintées de couleurs idéologiques.

Hugo Latulippe, membre fondateur d’Esperamos : « Non seulement les conservateurs semblent penser que les arts doivent être rentables au même titre qu’une usine de chaussures (comme tous les services publics d’ailleurs !), mais on voit bien qu’ils détestent l’idée que le cinéma documentaire d’ici soit un vecteur d’ouverture sur le monde, d’altérité, de progrès social et d’aventures intellectuelles. »

Dans les institutions culturelles du Québec et d’ailleurs, la parole efficace, compétitive, productive, se généralise. On envisage, à mots couverts, d’exiger des artistes un retour financier sur investissement. On nage en pleine négation des fondements de l’art. On entend beaucoup les gestionnaires, soucieux de ne pas rater le bateau technologique, se gargariser à la sauce internet pour nous dire que « le monde change et que les temps où les gens voulaient voir des longs métrages d’auteur est révolu ». Vraiment?

Ces dernières années, dans les divers forums et événements cinématographiques, combien de fois a-t-on entendu des sexagénaires pérorer devant des salles pleines de vingtenaires et de trentenaires, que « les jeunes » ne s’intéressent plus au cinéma autrement que sur leurs petites boîtes online-streaming-while-doing-something-else-click-and-trash et qu’ils préfèrent les formats documentaires de 30 secondes commandités par une marque de chars sur le téléphone portable… Ceux-ci étant beaucoup plus adaptés à notre mode de vie moderne. Comme si le film était d’abord et avant tout une question de support ou d’appareil ! Mais de quoi parle-t-on exactement? En fait, beaucoup de discussions à propos des engins à boutons, très peu de discussions sur les enjeux intellectuels et artistiques. Ce dont il est réellement question ici, c’est de réduction de coûts, et le web, qui a bon dos, devient « une belle opportunité » pour jeter le bébé avec l’eau du bain.

RĂ©sistance

Or, chez Esperamos, où la moyenne d’âge est de trente ans et où nous passons pourtant nos journées entières devant un ordinateur, nous sommes convaincus qu’il y a un problème fondamental avec ce discours abscons. Nous voulons réitérer le fait que nous sommes bel et bien affamés de films avec une profondeur, une largeur d’esprit. Nous pensons que le film documentaire contribue à une manière d’être et de penser qui fait de nous des citoyens modernes.

Nous voulons voir des films québécois tournés en Afghanistan et en territoire Innu, des films qui permettront de nous raccommoder l’histoire, des films sur l’impact des réchauffements climatiques dans le Saint-Laurent, des films qui feront la lumière sur le pillage de l’Afrique par des multinationales canadiennes, des films sur les gens du quotidien, les gens du genre humain, des films qui traceront la voie de l’après-capitalisme… Chez Esperamos, nous voulons poursuivre le cinéma documentaire que nous jugeons nécessaire à la santé démocratique.

D’ailleurs, cette semaine, à l’occasion des RIDM, Esperamos rendra public deux nouveaux longs métrages documentaires ; La Reine malade de Pascal Sanchez, un film de fréquentation tourné avec l’apiculteur bio Anicet Desrochers et La part d’ombre de Charles Gervais, tourné sur les chemins du Cambodge avec une jeune Néo-Québécoise partie sur la trace des Khmers rouges. Ces deux films abordent de biais des questions centrales de notre temps. Ils réitèrent concrètement notre engagement contre l’appauvrissement intellectuel des contenus culturels et racontent le monde comme on ne nous le racontera jamais sur Fox News ou sur Twitter.

Basé au de cœur Montréal, le collectif Esperamos, fondé par Hugo Latulippe, développe actuellement plusieurs projets pour le cinéma, la télévision et les médias numériques avec des collaborateurs de toutes les générations, dont Anaïs Barbeau-Lavalette, Émile Proulx-Cloutier, Patricio Henriquez, Magnus Isacsson, Halima Elkhatabi, Jean-Claude Labrecque, Catherine Hébert, Wendy Champagne, Michka Saal et Pascal Sanchez. En tournage à l’extérieur du pays pour une année entière, Hugo Latulippe sera de passage à Montréal à l’occasion des premières deLa Reine malade et de La part d’ombre. Finalement, le 12 novembre, le collectif invite le grand public à une soirée festive qui se tiendra à l’espace Lounge des RIDM, dès 21h, à la Cinémathèque québécoise.

La Reine malade : www.facebook.com/lareinemalade

La part d’ombre : www.facebook.com/part.ombre

Clin d’oeil de Dakar

PubliĂ© dans le Devoir, une petite lettre d’Hugo Latulippe qui Ă©tait de passage Ă  Dakar pour le FSM : C’Ă©tait la marche d’ouverture du Forum social mondial, dimanche, dans les rues de la capitale. L’Afrique, survoltĂ©e par les Ă©vĂ©nements actuels au nord, semble vouloir dire: «Assez!» Assez de nĂ©ocolonialisme, assez de rĂ©gimes Ă©conomiques qui ont fait de l’Afrique (de l’AmĂ©rique du Sud, de l’Asie, de la terre) le grenier et la «dompe» du monde riche et blanc.

Il y avait 60 000 personnes dans les rues de Dakar, toutes apparemment dĂ©terminĂ©es Ă  dĂ©finir les termes d’un monde nouveau au plus vite durant les six jours du FSM DAKAR 2011. Evo Morales et Lula da Silva ont ouvert le bal au nom des chefs d’État sud-amĂ©ricains en Ă©voquant le «dĂ©passement» du capitalisme.

Le QuĂ©bec peut compter sur une importante dĂ©lĂ©gation de simples citoyens, d’universitaires, d’intellectuels, d’Ă©tudiants et de membres d’organisations syndicales ici. Par contre, alors que plusieurs États du vaste monde jugent pertinent d’envoyer leurs ministres ou mĂŞme leurs prĂ©sidents Ă  Dakar, le gouvernement du QuĂ©bec n’envoie aucun Ă©missaire au FSM. Comme si la fine pointe de la pensĂ©e politique internationale ne nous concernait pas. En dehors de plusieurs partisans de QuĂ©bec solidaire, il semble qu’aucun parti politique du QuĂ©bec (ou du Canada d’ailleurs) ne soit officiellement prĂ©sent ici.

Dommage, triste, presque Ă©trange Ă  cette Ă©poque oĂą l’internationalisme semble essentiel.

Pendant ce temps, à Davos, le PLQ paie 71 000 $ par personne pour «assister», simples badauds, aux discussions des grands financiers du Forum économique mondial de ce monde.

http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/316368/lettres-petit-clin-d-oeil-de-dakar

Critique de “La Reine malade” dans Le Soleil

Le Soleil critique La Reine malade : (QuĂ©bec) Partout sur la planète, le problème inquiète. Les abeilles meurent par millions, sans que l’on sache avec certitude la cause de l’hĂ©catombe. Et si l’humain pouvait y changer quel­que chose?

http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/arts-et-spectacles/cinema/201102/23/01-4373023-un-film-pour-comprendre-lhecatombe-chez-les-abeilles.php

Critique de “The Ailing queen” dans Variety

Variety critique “The Ailing queen” : The worldwide efforts to battle bee colony collapse are probably too overwhelming for any single documentary to chronicle, making Quebec filmmaker Pascal Sanchez’s decision in “The Ailing Queen” to concentrate on young, energetic beekeeper Anicet Desrochers particularly wise. Rather than adopt an apocalyptic tone, this fine piece of consciousness-raising cinema observes Desrochers working through the seasons to strengthen his colonies and spread the word about his methods. A celebration of agriculture, beekeeping and science, pic should stir serious buzz among specialty programmers and pubcasters.

http://www.variety.com/review/VE1117944235/

Calendrier de tournée de La Reine malade

Allez consulter le calendrier de tournĂ©e de notre film “La Reine malade” pour savoir quand le film sera de passage dans votre rĂ©gion! Profitez-en pour suivre le film sur sa page Facebook!

http://www.facebook.com/event.php?eid=193301814013978&ref=mf

Le réalisateur Pascal Sanchez sur les ondes du 98,5 FM

Le rĂ©alisateur Pascal Sanchez (La reine malade) sera online casino l”invitĂ© casino pa casino spiele natet de mobile casino casino online Isabelle MarĂ©chal casino casino jameshallison online casino ce vendredi Ă  l”Ă©mission Isabelle le matin sur les ondes du 98,5 FM

http://www.985fm.ca/in/isabelle-marechal-969.html